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 [Littérature] Passages favoris

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Madame Musquin
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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Mer 11 Aoû 2010 - 0:38

J'adore les symbolistes Coeur; j'aime beaucoup d'ailleurs le poème de Catulle Mendès, "L'Absente" :
C’est une chambre où tout languit et s’effémine ;
L’or blême et chaud du soir, qu’émousse la persienne,
D’un ton de vieil ivoire ou de guipure ancienne
Apaise l’éclat dur d’un blanc tapis d’hermine.

Plein de la voix mêlée autrefois à la sienne,
Et triste, un clavecin d’ébène que domine
Une coupe où se meurt, tendre, une balsamine,
Pleure les doigts défunts de la musicienne.

Sous des rideaux imbus d’odeurs fades et moites,
De pesants bracelets hors du satin des boîtes
Se répandent le long d’un chevet sans haleine.

Devant la glace, auprès d’une veilleuse éteinte,
Bat le pouls d’une blanche horloge en porcelaine,
Et le clavecin noir gémit, quand l’heure tinte.



Et aussi, un passage de Tandis que j'agonise, Faulkner, que je trouve très beau :
"Des fois, je ne sais pas trop si on a le droit de dire qu'un homme est fou ou non. Des fois, je crois qu'il n'y a personne de complètement fou et personne de complètement sain tant que la majorité n'a pas décidé dans un sens ou dans un autre. C'est pas tant la façon dont un homme agit que la façon dont la majorité le juge quand il agit ainsi".

_________________
Mais tu peux pas sur un VSP à display rack, brancher un truc de 120 watts. Mais c'est glucose !
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Athéna

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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Mer 11 Aoû 2010 - 0:42

La honte, je ne connaîs pas Catulle Mendès Rougit
Mais je connaîs les symbolistes quand mêmeuuuuh.

@ anaisromane : oui, la tombe de Baudelaire est au cimetière Montparnasse, à deux pas des éditions AM d'ailleurs.
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anaisromane

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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Mer 11 Aoû 2010 - 11:11

Zut, j'y suis allée et je ne l'ai pas vue, j'ai juste vu celle de Sartre et Beauvoir!
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Un roman français de Frédéric Beigbeder
Lecture en pause: Ulysses de James Joyce

MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Ven 13 Aoû 2010 - 12:17

"Je vois ma main, qui s'épanouit sur la table. Elle vit - c'est moi. Elle s'ouvre, les doigts se déploient et pointent. Elle est sur le dos. Elle me montre son ventre gras. Elle a l'air d'une bête à la renverse. Les doigts, ce sont les pattes. Je m'amuse à les faire remuer, très vite, comme les pattes d'un crabe qui est tombé sur le dos. Le crabe est mort: les pattes se recroquevillent, se ramènent sur le ventre de ma main. Je vois les ongles - la seule chose de moi qui ne vit pas. Et encore. Ma main se retourne, s'étale à plat ventre, elle m'offre à présent son dos. Un dos argenté, un peu brillant - on dirait un poisson, s'il n'y avait pas les poils roux à la naissance des phalanges. Je sens ma main. C'est moi, ces deux bêtes qui s'agitent au bout de mes bras. Ma main gratte une de ses pattes, avec l'ongle d'une autre patte; je sens son poids sur la table qui n'est pas moi. C'est long, long, cette impression de poids, ça ne passe pas. Il n'y a pas de raison pour que ça passe. A la longue, c'est intolérable... Je retire ma main, je la mets dans ma poche. Mais je sens tout de suite, à travers l'étoffe, la chaleur de ma cuisse. Aussitôt, je fais sauter ma main de ma poche; je la laisse pendre contre le dossier de la chaise. Maintenant, je sens son poids au bout de mon bras. Elle tire un peu, à peine, mollement, moelleusement, elle existe. Je n'insiste pas: ou que je la mette, elle continuera d'exister et je continuerai de sentir qu'elle existe; je ne peux pas la supprimer, ni supprimer le reste de mon corps, la chaleur humide qui salit ma chemise, ni toute cette graisse chaude qui tourne paresseusement comme si on la remuait à la cuiller, ni toutes les sensations qui se promènent là-dedans, qui vont et viennent, remontent de mon flanc à mon aisselle ou bien qui végètent doucement, du matin jusqu'au soir, dans leur coin habituel."

Jean Paul Sartre, La nausée

"Il coupa la radio. Il s'accroupit sur son tapis, prit son inspiration, fit cinq ou six tractions, mais il fatigua trop tôt, s'assit, fourbu, fixant d'un air las l'intrigant croquis qui apparaissait ou disparaissait sur l'aubusson suivant la façon dont s'organisait la vision:

Ainsi parfois, un rond, pas tout a fait clos, finissant par un trait horizontal: on aurait dit un grand G vu dans un miroir.
Ou, blanc sur blanc, surgissant d'un brouillard cristallin, l'hautain portrait d'un roi brandissant un harpon.
Ou un court instant, sous trois traits droits, l'apparition d'un croquis approximatif, insatisfaisant: substituts saillants, contours bâtards profilant, dans un vain sursaut d'imagination, la Main à trois doigts d'un Sardon ricanant.
Ou, s'imposant soudain, la figuration d'un bourdon au vol lourd, portant sur son thorax noir trois articulations d'un blanc quasi lilial."


George Perec, La disparition
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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Lun 23 Aoû 2010 - 23:32

Athéna a écrit:
Valérie Valère "Vera, Magnifica love".

'J'ai une peur maladive de la vie. Cet après-midi encore, je me suis angoissée pendant tout le cours de civilisation sur mes chances de réussir l'examen, et mes multiples probabilités de le rater. Je ne sortais pas de ce tunnel. Je ne pouvais absolument pas écouter ce que disais le prof. La seule question capitale, essentielle était de savoir si je le passerais finalement. J'en ai conclu que non. Je n'arrive pas à retenir les dates, je mets huit jours pour apprendre un chapitre d'histoire. Quant aux élections, au gouvernement, aux problèmes de civilisation...zéro. Je n'y comprends rien. Je n'ai jamais l'esprit à ça. J'ai mes chances en version, en thème, en grammaire et en phonétique. Pour le reste, je ne vaux rien, ce qui s'appelle rien. Je ne serai jamais qu'une ratée. Je finirai dans un bureau, huit heures une heure, deux heures six heures, ou derrière un comptoir de Prisunic. J'insulterai les clients ou le patron, je serai renvoyée et je ne trouverai plus jamais de place nulle part. Chômage. Mes nerfs craqueront, congé maladie. Et je traînerai ma chienne de vie d'année en année, aussi inutile qu'impuissante, lamentablement impuissante...
Que faire ? Cette question m'obsède depuis des mois. Chercher un travail tout de suite par peur d'échouer ? Mais après tout, sait-on jamais... Non, je sais, la réponse est toute trouvée. Je ne réussirai pas. Et puis, je me donne encore six mois de sursis. Au plus un an. D'ailleurs, dans un an, si je rate mes examens, je n'arriverai plus à extirper de mes parents les mille francs par mois qu'ils me donnent. "A 20 ans, je travaillais déjà, moi ! Je gagnais déjà ma vie, moi ! " Donc, dans un an je suis foutue. Métro, boulot, dodo. Et puis ? Sans doute le suicide au bout de quelque temps"

Merci d'avoir posté cet extrait, hasard ou pas ce livre fait partie des 4 dont je mettrai des extraits quand je le pourrai sur mon site (les autres livres étant Smilla, 4:48 Psychose et Petit déjeuner à Tiffany

J'aime viscéralement Valère, le hasard veut qu'elle est morte le jour de ma naissance (j'aime notamment Vera, le Pavillon, Malika, Eleonore, quant à la pseudo biographie d'Isabelle Clerc elle est bourrée d'incohérences)
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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Lun 23 Aoû 2010 - 23:36

Je ne sais quel extrait vous proposer, il y en a tant...

Entre Chloé Delaume, Banana Yoshimoto, Roland Barthes, Marguerite Duras, Boris Vian, Milena Agus, Michel Schneider et Muriel Barbery, de qui voulez vous un extrait?

Source: http://danscemondeflottant.free.fr/spip/spip.php?rubrique19
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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Ven 27 Aoû 2010 - 22:22

Haruki Murakami- "Danse, danse, danse" : "Ce n'est pas que je n'aime pas les études, c'est l'endroit qui me déplaît. Je ne peux pas le supporter. Aller à l'école, ca me rendais malade à vomir... Ce n'est pas la peine de se forcer à aller à l'école quand on en a pas envie. Moi aussi, je sais que c'est un endroit affreux. Des types infects qui prennent de grands airs. Des profs ennuyeux à mourir qui font les arrogants. Pour te dire franchement, je pense que 80% des profs sont des sadiques ou des incapables. Ou les deux à la fois. Ils sont bourrés de stress qu'ils transmettent à leurs élèves de la façon la plus vicieuse qui soit. Il y a trop de règles absurdes à respecter. C'est un système destiné à écraser l'individu, et ceux qui ont les meilleures notes ne sont que des idiots sans la moindre parcelle d'imagination".

Ah, je l'aime Murakami ! Comment un auteur peut t-il être aussi près de ce qu'on ressent ? !
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Aymeric

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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Ven 27 Aoû 2010 - 22:24

Ce n'est pas ce que tu as dit autre part récemment? Laugh
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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Ven 27 Aoû 2010 - 22:25

Ah, c'est bien possible ! Happy
Mais je voulais retrouver les propos de Murakami qui ne font que renforcer les miens.

Mais personnellement, je n'ai rien contre les profs : il y en a dans ma famille !
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Aymeric

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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Ven 27 Aoû 2010 - 22:27

C'est comme tout : il y en a des bons, et d'autres qui n'auraient jamais du le devenir...
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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Ven 27 Aoû 2010 - 22:29

Pourquoi "jamais du" ?

Oh, je suis ravie d'avoir lancé ce débat, j'étais sûre que ca allait faire mouche !
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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Ven 27 Aoû 2010 - 22:43

Je veux dire qu'il existe des professeurs qui ne savent vraiment pas s'y prendre avec les élèves, bien qu'ils soient dans l'éducation nationale depuis plusieurs années!
Pour moi, le rôle d'un professeur n'est pas prioritairement de transmettre des connaissances : ça, on peut le faire soi-même. A mon avis, son rôle est de donner le goût de la matière qu'il enseigne, de montrer les intérêts de cette manière, bref de nous donner envie de nous cultiver! Malheureusement, certains professeurs se contentent juste de réciter ce qu'il y a dans les livres pour suivre un (stupide) programme sans prendre en compte la classe qu'ils ont devant eux.

Sinon, débat passionnant, on va s'attendre à avoir beaucoup d'opinions! Merci Athéna de l'avoir lancé! Wink
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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Ven 27 Aoû 2010 - 23:04

Ah, je l'ai lancé malgré moi ! Mwais
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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Sam 28 Aoû 2010 - 0:25

"Un-point-zéro

Je m’appelle Chloé Delaume. Je suis un personnage de fiction. J’ai investi le corps que j’ai fait mien un vendredi poisseux de 1999. Il faisait chaud et la liste couvrait un feuillet. Pourtant. Je n’ai nullement été inquiète. Je savais qu’il me désignerait précisément. Pleins déliés à la majuscule. Bombyx oxydé nénuphar. Car ce corps m’était destiné. Je l’ai choisi à cause de son histoire. En disant choisi je triche un peu. Le libre arbitre n’existe pas davantage pour nous que pour vous. Les personnages de fiction sont aussi soumis au carbone 14 et aux fatums apesanteur.

Je m’appelle Chloé Delaume. Je suis née le 10 mars 1973 à quelques kilomètres du corps que je parasite. Vingt-six ans durant j’ai résidé en Somnambulie. Je suis bien celle que vous croyez. Mon miroir est juste plus beau que le vôtre. C’est pour ça que je l’ai traversé. On croit que les personnages de fiction ont l’âge du Chapelier. C’est un tort. Nous avons celui que nous faisons. Ce qui en soi constitue déjà un problème.

Je m’appelle Chloé Delaume. J’ai erré longuement avant de pouvoir m’incarner. Si longuement que j’ai craint de ne jamais rencontrer l’organisme amplectif. Nombreux ceux d’entre-nous qui par faute de graine adéquate sont restés germinalisés. Exil scandé végétatif. Ne pouvant pénétrer le vivant ils sont réduits à ponctuellement le visiter. Séduction et asservissement. Frustration miséreuse méthylène ombrage stomacal. Ils s’immiscent comme ils peuvent usant passe-passe rat la dernière restera. La crainte des limbes est telle pour certains d’entre-nous qu’ils leur préfèrent ainsi la fixité rongeante les sourire des statues le joug des courtisanes de Sodium et Gomorrhe. Pour ce faire marabouts grosses ficelles abus du pouvoir hypnotique qui nous a été conféré. Implorations emmusardées démangeaisons visitation l’alcaloïde la logorrhée nécessité transfigurer la création est turista persévérance jusqu’à. Ils grippent globules putasserie gourde un leurre brassant les sang pagaie. Pour conjurer ses courants d’air le corps spasmodiquement rempli finit par éructer son trop-plein d’étrangeté. C’est ce qu’ils attendaient. L’expulsion terminale après rumination. Pourtant. Là commence sans finir l’effroi céruléen et le calvaire de glaise. La geôle de l’éternel retour. Qui ne tue pas sans rendre plus fort pour autant. Bien sûr que non. Sinon ce serait différent. J’aurais fini par accepter. Par m’y résoudre. Parachever panurgéenne dissolution en rang d’oignons les brochettes raffolent de l’agneau surtout lorsqu’il reste rosé. Seulement. Condamnation livresque emmurée chaux crémeuse aux bibliothèques rosses Sophie brûla ses bas autant que ses mollets. Des sanglots de mortier bétonnant mélanomes armés de vésanie. Du ciment sous les peines paradigme Antigone et martyrologies.

Je m’appelle Chloé Delaume. J’affirme : en chaque héros romanesque gît un de nos suicidés. Derrière chaque secondaire se love l’âme kamikaze d’un de nos avortés. Manquant probablement ténacité envergure volonté orgueil bêtement patience. Selon. Nos embryons coagulés magma gélatineux aux facultés mouvantes atrocement collectives sont foules badauds silhouettes. Ils n’étaient ni ne seront. Ils sont les laborieux et vains crachats d’avril. Mollardés pour la toile et les coutils teigneux. Les rocailles brouhahas tohu-bohus tessons et tsunamis rugueux. Ils plantent juste le décor qui le leur rend si bien. A grands coups de pieux amovibles. Il arriva un jour où j’ai dit : je ne veux pas. J’ai rejoins le purgatoire de la Somnambulie. Le non-lieu où l’on guette et ne cesse de guetter. Un corps le corps qui sous nos serres finira en rillauds. Le corps. Ce médiateur. Dans lequel nous pourrons vivre plus qu’à livre ouvert. Il a toujours été chez nous maints suifs errants à savoir que la tranche s’apparente au couperet. Charrier des orchidées plutôt que de flétrir n’est pas pour nous déplaire. Au royaume de survie les ténias font la loi. D’ailleurs. Nous n’avons jamais eu le choix : chaque nouvelle ligne est faiseuse d’ange."


(La vanité des somnambules, Chloé Delaume)
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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Sam 18 Sep 2010 - 23:42

"Quand l'héro est trop pure, elle est presque plus dangereuse que quand elle a été coupée. Nous n'avons pas l'habitude de prendre de l'héroine pure et nous ne savons pas doser les quantités. En fait, je ne sais pas ce qui s'est passé.
Je ne parvenais pas à oublier ce que Line avait dit. La chance que nous avions eue. Si je n'avais pas eu si peur des aiguilles et si Line n'était pas venue faire pipi avec moi, si on n'avait pas perdu une demi-heure à chercher les clés, si on avait pris les lignes avant Santi, où serions-nous maintenant ?
J'aurais sniffé une ligne de cette héro mal coupée, je me serais injectée directement dans le coeur de la novocaine, du lactose, des laxatifs, de la chaux du mur, de la codéine, de l'aspirine, des antibiotiques, du Nesquick, de la brique en poudre, des miettes de gâteau, va savoir quoi, et je serais là, le regard vide, un filet de bave à la bouche et la tête me tombant sur une épaule, comme Uma Thurman dans "Pulp Fiction".
Je me dis en moi-même : "Quoi qu'il arrive à partir de maintenant, si mal que tu sois et si lasse de tout que tu te sentes, rappelle-toi que tu as de la chance d'être toujours en vie. C'est un immense cadeau. "
Exactement quinze jours plus tard je rencontrai Ian, et je m'accrochai désespérément à lui comme un naufragé à sa planche, parce que je ne voulais pas me noyer dans cet océan turbulent dans lequel Line et moi naviguions. Parce que je voulais oublier le visage bleuâtre de Santiago, les lèvres bleues que j'avais embrassées quand elles étaient rouges, les doigts rigides qui m'avaient pincé les fesses quand ils pouvaient encore bouger. Je voulais oublier Line, devenue sa propre radiographie, incapable désormais de s'émouvoir en bien ou en mal. J'avais besoin de quelqu'un à aimer".

Lucia Etxebarria - "Amour, Prozac et autres curiosités". P. 259.
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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Dim 19 Sep 2010 - 23:04

"Mon premier souvenir est d'avoir mordu à la joue ou au front madame Pison Du Galland, ma cousine, femme de l'homme d'esprit député à l'assemblée constituante. Je la vois encore, une femme de vingt-cinq ans qui avait de l'embonpoint et beaucoup de rouge. Ce fut apparemment ce rouge qui me piqua. Assise au milieu du pré aumône appelait le glacis de la porte de Bonne, sa joue se trouvait précisément à ma hauteur.
« Embrasse-moi, Henri » me disait-elle. Je ne voulus pas, elle se fâcha, je mordis ferme. Je vois la scène, mais sans doute parce que sur-le-champ on m'en fit un crime et que sans cesse on m'en parlait.
Ce glacis de la porte de Bonne était couvert de marguerites. C'est une jolie petite fleur dont je faisais un bouquet. Ce pré de 1786 se trouve sans doute aujourd'hui au milieu de la ville, au sud de l'église du collège.
Ma tante Séraphie déclara que j'étais un monstre et que j'avais un caractère atroce. Cette tante Séraphie avait toute l'aigreur d'une fille dévote qui n'a pas pu se marier. Que lui était-il arrivé ? Je ne l'ai jamais su, nous ne savons jamais la chronique scandaleuse de nos parents, et j'ai quitté la ville pour toujours à seize ans, après trois ans de la passion la pus vive, qui m'avait relégué dans une solitude complète.
Le second trait de caractère fut bien autrement noir.
J'avais fait une collection de joncs toujours sur le glacis de la porte de Bonne.
On m'avait ramené à la maison dont une fenêtre au premier étage donnait sur la Grande -rue à l'angle de la place Grenette. Je faisais un jardin en coupant ces joncs en bouts de deux pouces de long que je plaçais dans l'intervalle entre le balcon et le jet d'eau de la croisée. Le couteau de cuisine dont je me servais m'échappa et tomba dans la rue, c'est-à-dire, d'une douzaine de pieds, près d'une madame Chevenaz ou sur cette Madame. C'était la plus méchante femme de toute la ville (mère de Candide Chevenaz qui, dans ma jeunesse, adorait la Clarisse Harlowe de Richardson, depuis l'un des trois cents de M. de Villèle et récompensé par la place de premier président à la cour royale de Grenoble, mort à Lyon non reçu).
Ma tante Séraphie dit que j'avais voulu tuer madame Chevenaz ; je fus déclaré pourvu d'un caractère atroce, grondé par mon excellent grand-père, M. Gagnon, qui avait peur de sa fille Séraphie, la dévote la plus en crédit dans la ville, grondé même par ce caractère élevé et espagnol, mon excellente grand-tante Mlle Elisabeth Gagnon.

Je me révoltai, je pouvais avoir quatre ans. De cette époque date mon horreur pour la religion, horreur que ma raison a pu à grand-peine réduire à de justes dimensions, et cela tout nouvellement, il n'y a pas six ans. Presque en même temps, prit sa première naissance mon amour filial instinctif, forcené dans ces temps-là, pour la République."

Stendhal, Vie de Henry Brulard.

Mais il y a d'autres passages très drôles aussi Laugh
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