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 [Littérature] Passages favoris

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sylbao
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MessageSujet: [Littérature] Passages favoris   Ven 6 Fév 2009 - 1:39

Je vous propose de partager dans ce topic ce que vous considérez comme les plus beaux morceaux de littérature que vous ayez jamais lu. Ou simplement, ceux qui vous ont touchés, etc... Je commence (celui-ci risque de vous sembler familier).

"Chère tempête de neige, si je puis, à si peu de frais, être l'instrument de ta jouissance, ne te gêne surtout pas, assaille-moi de tes flocons âpres et durs, de tes grêlons taillés comme des silex, tes nuages sont si lourds de rage, j'accepte d'être la mortelle perdue dans la montagne sur laquelle ils déchargent leur colère, je reçois en pleine figure leurs mille postillons glacés, il ne m'en coûte guère et c'est un beau spectacle que ton besoin d'entailler ma peau à coups d'insultes, tu tires à blanc, chère tempête de neige, j'ai refusé que l'on me bande les yeux face au peloton d'exécution, car il y a si longtemps que j'attendais de voir du plaisir dans ton regard."
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Tom
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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Ven 6 Fév 2009 - 2:42

Anges, ministres de grâce, défendez-nous!
Qui que tu sois, esprit salutaire ou lutin damné ; que tu apportes avec toi les brises du ciel ou les rafales de l'enfer ; que tes intentions soient perverses ou charitables ; tu te présentes sous une forme si provocante que je veux te parler. Je t'invoque, Hamlet, sire, mon père, royal Danois ! Oh ! réponds-moi ! Ne me laisse pas déchirer par le doute ; mais dis-moi pourquoi tes os sanctifiés, ensevelis dans la mort, ont déchiré leur suaire ! Pourquoi le sépulcre où nous t'avons vu inhumé en paix a ouvert ses lourdes mâchoires de marbre pour te rejeter dans ce monde ! Que signifie ceci ! Pourquoi toi, corps mort, viens-tu tout couvert d'acier, revoir ainsi les clairs de lune et rendre effrayante la nuit ? Et nous, bouffons de la nature, pourquoi ébranles-tu si horriblement notre imagination par des pensées inaccessibles à nos âmes ? Dis ! pourquoi cela ?


Hamlet Shakespeare
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Madame Musquin
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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Ven 6 Fév 2009 - 11:31

Quand par les soirs d'été le ciel harmonieux gronde comme une bête fauve et que chacun boude l'orage, c'est au côté de Méséglise que je dois de rester seul en extase à respirer, à travers le bruit de la pluie qui tombe, l'odeur d'invisibles et persistants lilas.
(Proust, Du côté de chez Swann-Combray)

Il faudra m'inventer des souvenirs, des amours, des crimes, des deuils de nouveau, desquels enfin pouvoir peut-être souffrir, jouir et dans ma nuit éternelle me divertir. Que de temps encore! Je confesserai à voix basse dans l'immense et sourde oreille du silence un chagrin d'amour, les tourments de la jalousie...
Dans l'imagination des nuits, fuir ma nuit et dans mon lit glacé conjurer la froideur d'une amante intangible...
Mais quel crime, quel deuil, quel amour, même idéal,vaut un tel entombement ? Il y a devant moi une nuit immense et sans faille : quel amour, quel deuil, quel crime pourra la remplir toute ?
(Anne-F.Garréta, Ciels liquides)

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Quiforka
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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Sam 7 Fév 2009 - 1:43

" Mais comment exprimer cette foule de sensations fugitives que j'éprouvais dans mes promenades ? Les sons que rendent les passions dans le vide d'un coeur solitaire ressemblent au murmure que les vents et les eaux font entendre dans le silence d'un désert : on en jouit, mais on ne peut les peindre.

" L'automne me surprit au milieu de ces incertitudes : j'entrai avec ravissement dans les mois des tempêtes. Tantôt j'aurais voulu être un de ces guerriers errant au milieu des vents, des nuages et des fantômes ; tantôt j'enviais jusqu'au sort du pâtre que je voyais réchauffer ses mains à l'humble feu de broussailles qu'il avait allumé au coin d'un bois. J'écoutais ses chants mélancoliques, qui me rappelaient que dans tout pays le chant naturel de l'homme est triste, lors même qu'il exprime le bonheur. Notre coeur est un instrument incomplet, une lyre où il manque des cordes et où nous sommes forcés de rendre les accents de la joie sur le ton consacré aux soupirs.

" Le jour, je m'égarais sur de grandes bruyères terminées par des forêts. Qu'il fallait peu de chose à ma rêverie ! une feuille séchée que le vent chassait devant moi, une cabane dont la fumée s'élevait dans la cime dépouillée des arbres, la mousse qui tremblait au souffle du nord sur le tronc d'un chêne, une roche écartée, un étang désert où le jonc flétri murmurait ! Le clocher solitaire s'élevant au loin dans la vallée a souvent attiré mes regards ; souvent j'ai suivi des yeux les oiseaux de passage qui volaient au-dessus de ma tête. Je me figurais les bords ignorés, les climats lointains où ils se rendent ; j'aurais voulu être sur leurs ailes. Un secret instinct me tourmentait ; je sentais que je n'étais moi-même qu'un voyageur, mais une voix du ciel semblait me dire : " Homme, la saison de ta migration n'est pas encore venue ; attends que le vent de la mort se lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régions inconnues que ton coeur demande. "

" Levez-vous vite, orages désirés qui devez emporter René dans les espaces d'une autre vie ! Ainsi disant, je marchais à grands pas, le visage enflammé, le vent sifflant dans ma chevelure, ne sentant ni pluie, ni frimas, enchanté, tourmenté et comme possédé par le démon de mon coeur.

" La nuit, lorsque l'aquilon ébranlait ma chaumière, que les pluies tombaient en torrent sur mon toit, qu'à travers ma fenêtre je voyais la lune sillonner les nuages amoncelés, comme un pâle vaisseau qui laboure les vagues, il me semblait que la vie redoublait au fond de mon coeur, que j'aurais la puissance de créer des mondes."

Chateaubriand, René, 1802.
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Antigone

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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Dim 8 Fév 2009 - 5:41

"Vous serez trop, maintenant. Cela ne me fait plus mal.Je n'ai plus de bras....Avec mes ongles cassés et pleins de terre et les bleus que tes gardes mon faits aux bras, avec ma peur qui me tord le ventre , moi je suis reine......."

"....Quel sera-t'il mon bonheur? Quelle femme heureuse deviendra-t-elle, la petite Antigone? Quelles pauvretés faudra-t-il qu'elle fasse elle aussi , jour par jour, pour arracher avec ses dents son petit lanbeau de bonheur? Dites, à qui devra-t-elle mentir,à qui sourire, à qui se vendre? Qui devra-t-elle laisser mourir en détournant le regard?...Je veux savoir comment je m'y prendrai, moi aussi, pour être heureuse.Tout de suite, puisque c'est tout de suite qu'il faut choisir. Vous dites que c'est si beau la vie. Je veux savoir comment je m'y prendrai pour vivre?..Si je sais ce que je dis, mais c'est vous qui ne m'entendez plus.Je vous parle de trop loin maintenant, d'un royaume où vous ne pouvez plus entrer avec vos rides, votre sagesse, votre ventre..Vous me dégoutez tous avec votre bonheur! Avec votre vie qu'il faut aimer coute que coute.On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu'ils trouvent.Et cette petite chance pour tous les jours, si on est pas trop éxigeant.Moi je veux tout , tout de suite et que ce soit entier ou alors je refuse! ..Nous sommes de ceux qui posent les questions jusqu'au bout.Nous sommes de ceux qui lui sautent dessus quand ils le rencontrent, votre espoir, vontre cher espoir, votre sale espoir....."

Anouilh

Depuis toujours elle est mienne.
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Antigone

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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Dim 8 Fév 2009 - 6:13

j'ai toujours aimé cette pièce de théatre, je crois que c'est la lecture qui m'a le plus bouleversée.
Quand on écoute de la musique parfois on se dit oui c'est ça!!!c'est ça le ressentie de ce que l'on est.Et parfois certaine lecture sont des bouts de soi.

Ce personnage, cette pièce de théatre m'a toujours bouleversée, parceque je l'ai dans la peau.Je me souviendrai toujours de mon état après avoir vue cette pièce au théatre!Et la réaction de la mère de mon amie "Nathalie cette Antigone elle me fait penser à toi"........

J'ai découvert Amélie Nothomb au lycée avec Antéchrista qu'on m'avait prêté.J'ai aimé et encore plus après avoir lu Peplum, où il y a un débat entre Celsuis qu'elle compare à Créon et la protagoniste ,et le peuple du XXiem siècle en générale, qu'Amélie Nothomb compare à des Antigone (dans mon souvenir il faudrait que je le relise).C'est un débat moderne d'une quète de sens d'une quète d'un mode de vie.Toujours.
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Madame Musquin
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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Dim 8 Fév 2009 - 11:35

Je partage ton goût pour la pièce d'Anouilh, Antigone!C'est magnifique Coeur

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Pretextat T.

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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Mer 11 Fév 2009 - 11:49

La fin d'un poéme de Hugo que j'adore:

Alors il dit: "Je veux habiter sous la Terre
Comme dans son sépulcre un homme solitaire
Rien ne me verra plus et je ne verrais plus rien
On fit donc une fosse, et Caïn dit "C'est bien!"
Puis il descendit sous cette voute sombre;
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l'ombre
Et qu'on eut sur son front fermé le souterrain,
L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn


Passage qui a inspiré ce passage d'Acide sulfurique:

L'oeil était dans la télévision et vous regardait
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Tom
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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Mer 11 Fév 2009 - 14:21

Lol. L'oeil de Caien plus ta photo ça donne quelque chose de bien flippant ! lol!
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Pretextat T.

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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Mer 11 Fév 2009 - 17:18

Voulez vous un Alexandra jeune homme?
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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Mer 11 Fév 2009 - 21:03

Et vous vous en voulez un ?
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Madame Musquin
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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Mer 4 Mar 2009 - 0:12

"Tu ne connais que ta propre existence : celle de ta vie qui continue, de ta respiration, de ton pas, de ton vieillissement. Tu vois les gens aller et venir, les foules et les choses se faire et se défaire. Tu vois à la vitrine minuscule d'un mercier une tringle à rideaux sur laquelle tes yeux soudain se fixent : tu passes ton chemin : tu es inaccessible".

[Un homme qui dort, Georges Perec]

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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Dim 5 Avr 2009 - 0:06

"Et aujourd'hui encore si, dans une grande ville de province ou dans un quartier de Paris que je connais mal, un passant qui m'as "mis dans mon chemin" me montre au loin, comme un point de repère, tel beffroi d'hôpital, tel clocher de couvent levant la pointe de son bonnet ecclésiastique au coin d'une rue que je dois prendre, pour peu que ma mémoire puisse obscurément lui trouver quelque trait de ressemblance avec la figure chère et disparue, le passant, s'il se retourne pour s'assurer que je ne m'égare pas, peut, à son étonnement, m'apercevoir qui, oublieux de la promenade entreprise ou de la course obligée, reste là, devant le clocher, pendant des heures, immobile, essayant de me souvenir, sentant au fond de moi des terres reconquises sur l'oubli qui s'assèchent et se rebâtissent ; et sans doute alors, et plus anxieusement que tout à l'heure quand je lui demandais de me renseigner, je cherche encore mon chemin, je tourne une rue... mais... c'est dans mon coeur..."

"Mais j'avais beau rester devant les aubépines à respirer, à porter devant ma pensée qui ne savait ce qu'elle devait en faire, à perdre, à retrouver leur invisible et fixe odeur, à m'unir au rythme qui jetait leurs fleurs, ici et là, avec une allégresse juvénile et à des intervalles inattendus comme certains intervalles musicaux, elles m'offraient indéfiniment le même charme avec une profusion inépuisable, mais sans me le laisser approfondir davantage, comme ces mélodies qu'on rejoue cent fois de suite sans descendre plus avant dans leur secret. Je me détournais d'elle un moment, pour les aborder ensuite avec des forces plus fraîches. Je poursuivais jusque sur le talus qui, derrière la haie, montait en pente raide vers les champs, quelque coquelicot perdu, quelques bluets restés paresseusement en arrière, qui le décoraient çà et là de leurs fleurs comme la bordure d'une tapisserie où apparaît clairsemé le motif agreste qui triomphera sur le panneau ; rares encore, espacés comme les maisons isolées qui annoncent déjà l'approche d'un village, ils m'annonçaient l'immense étendue où déferlent les blés, où moutonnent les nuages, et la vue d'un seul coquelicot hissant au bout de son cordage et faisant cingler au vent sa flamme rouge, au-dessus de sa bouée graisseuse et noire, me faisait battre le coeur, comme au voyageur qui aperçoit sur une terre basse une première barque échouée que répare un calfat, et s'écrie, avant de l'avoir encore vue : 'La Mer !' "

Proust, Du côté de chez Swann, "Combray"
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Antigone

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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Dim 5 Avr 2009 - 22:28

...Comme d'habitude je n'ai rien su te répondre, en partie justement à cause de la peur que tu m'inspires , en partie parce que la motivation de cette peur comporte trop de détails pour pouvoir exposée oralement avec une certaine cohérence.Et si j'essaie maintenant de te répondre par écrit, ce ne sera encore que de façon très incomplète parce que même en écrivant , la peur et ses conséquences gênent mes rapports avec toi et parce que la grandeur du sujet outrepasse de beaucoup ma mémoire et ma compréhension.

Tu voyais cela à peu près de la façon suivante: tu as travaillé durement toute ta vie, tu as tout sacrifié pour tes enfants, pour moi surtout ; en conséquence, j'ai "mené la grande vie", j'ai eu liberté entière d'apprendre ce que je voulais, j'ai été préservé des soucis matériels, donc je n'ai pas eu de soucis du tout: tu n'as exigé aucune reconnaissance en échange, tu connais " la gratitude des enfants", mais tu attendais au moins un peu de prévenance, un signe de sympathie; au lieu de quoi, je t'ai fui depuis toujours pour chercher refuge dans ma chambre, auprès de mes livres, auprès de mes amis fous ou d'idées extravagantes; je ne t'ai jamais parlé à cœur ouvert, ...Ce que tu me reproches n'est pas quelque chose de positivement inconvenant ou méchant , mais la froideur, de la bizarrerie, de l'ingratitude. Et ceci, tu me le reproches comme si j'en portais la responsabilité, comme s'il m'avait été possible d'arranger les choses autrement- disons en donnant un coup de barre- alors que tu n'as pas le moindre tort, à moins que ce ne soit celui d'avoir été trop bon pour moi.

Cette description dont tu uses communément, je ne la tiens pour exacte que dans la mesure où je te crois, moi aussi, absolument innocent de l'éloignement survenu entre nous. Mais absolument innocent,je le suis aussi...."

Kafka, Lettre au père
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Antigone

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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Mer 26 Mai 2010 - 15:20

XLIV - Réversibilité

Ange plein de gaieté, connaissez-vous l'angoisse,
La honte, les remords, les sanglots, les ennuis,
Et les vagues terreurs de ces affreuses nuits
Qui compriment le coeur comme un papier qu'on froisse?
Ange plein de gaieté, connaissez-vous l'angoisse?

Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine,
Les poings crispés dans l'ombre et les larmes de fiel,
Quand la Vengeance bat son infernal rappel,
Et de nos facultés se fait le capitaine?
Ange plein de bonté connaissez-vous la haine?

Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres,
Qui, le long des grands murs de l'hospice blafard,
Comme des exilés, s'en vont d'un pied traînard,
Cherchant le soleil rare et remuant les lèvres?
Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres?

Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides,
Et la peur de vieillir, et ce hideux tourment
De lire la secrète horreur du dévouement
Dans des yeux où longtemps burent nos yeux avide!
Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides?

Ange plein de bonheur, de joie et de lumières,
David mourant aurait demandé la santé
Aux émanations de ton corps enchanté;
Mais de toi je n'implore, ange, que tes prières,
Ange plein de bonheur, de joie et de lumières!

Charles Baudelaire
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Athéna

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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Mer 26 Mai 2010 - 20:16

Carole Martinez, "Le coeur cousu"

_ Je te désire tant que j'ai envie de faire pipi, lui chuchota-t-elle en saluant d'un geste une voisine qui sortait prendre le frais de l'autre côté de la cour.

- Idiote, qu'est-ce que tu racontes ?
- C'est vrai, ajouta-t-elle en riant. Ca me prend dans le bas du ventre, ça me tortille, ça m'agite et finalement ça remonte et c'est comme si mes seins éclataient.
- Eh bien moi, si tu veux tout savoir, je n'ose pas bouger de peur qu'on voie à travers le tissu de mon pantalon l'effet que tu me fais, lui avoua-t-il dans un éclat de rire. Je te renverserais bien tout de suite derrière un buisson toute mère que tu es !
- Imagine que nous sommes derrière ce buisson, où veux-tu que mes mains se posent ?
-Ces choses là ne se disent pas.
- Dis !
- Sur mon sexe.
- Elles y sont, elles te caressent. Ferme les yeux !
-Arrête ou je te fais la même chose !
-Qui t'en empêche ? J'ai soulevé ma robe. Et tes doigts sont déjà entre mes cuisses.
- Pas seulement mes doigts. Tu n'as rien senti ?
-Eh bien ! Tu ne perds pas de temps. Mais alors je n'ai plus rien à embrasser que ta bouche.
-Tes mots sont des caresses.
-Tu crois qu'on nous voit. Les voisines ?
- Et que pourrait-on voir d'autres que deux jeunes gens bien sages assis côte à côte ? Personne n'est assez vicieux pour remarquer la petite tache que le plaisir que tu m'as donné vient de dessiner sur mon pantalon ! Maintenant, il va falloir attendre que ça sèche. Non, s'il ta plaît, ne regarde pas".
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Athéna

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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Mer 26 Mai 2010 - 23:17

Valérie Valère "Vera, Magnifica love".

'J'ai une peur maladive de la vie. Cet après-midi encore, je me suis angoissée pendant tout le cours de civilisation sur mes chances de réussir l'examen, et mes multiples probabilités de le rater. Je ne sortais pas de ce tunnel. Je ne pouvais absolument pas écouter ce que disais le prof. La seule question capitale, essentielle était de savoir si je le passerais finalement. J'en ai conclu que non. Je n'arrive pas à retenir les dates, je mets huit jours pour apprendre un chapitre d'histoire. Quant aux élections, au gouvernement, aux problèmes de civilisation...zéro. Je n'y comprends rien. Je n'ai jamais l'esprit à ça. J'ai mes chances en version, en thème, en grammaire et en phonétique. Pour le reste, je ne vaux rien, ce qui s'appelle rien. Je ne serai jamais qu'une ratée. Je finirai dans un bureau, huit heures une heure, deux heures six heures, ou derrière un comptoir de Prisunic. J'insulterai les clients ou le patron, je serai renvoyée et je ne trouverai plus jamais de place nulle part. Chômage. Mes nerfs craqueront, congé maladie. Et je traînerai ma chienne de vie d'année en année, aussi inutile qu'impuissante, lamentablement impuissante...
Que faire ? Cette question m'obsède depuis des mois. Chercher un travail tout de suite par peur d'échouer ? Mais après tout, sait-on jamais... Non, je sais, la réponse est toute trouvée. Je ne réussirai pas. Et puis, je me donne encore six mois de sursis. Au plus un an. D'ailleurs, dans un an, si je rate mes examens, je n'arriverai plus à extirper de mes parents les mille francs par mois qu'ils me donnent. "A 20 ans, je travaillais déjà, moi ! Je gagnais déjà ma vie, moi ! " Donc, dans un an je suis foutue. Métro, boulot, dodo. Et puis ? Sans doute le suicide au bout de quelque temps"
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Moon

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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Dim 30 Mai 2010 - 0:33

" Réponds s'il te plait. Mais tu n'existes que dans ce récit. Je me retournes vers l'ombres, mais alors revient cette phrase lancinante, ces mots tels spectres:" Je suis moi meme la matière de mon livre." [...] La mémoire nous échappe pour plonger dans l'oubli, car le temps règne en maitre et nos efforts pour le retenir sont dérisoires. Comment te retrouver, toi qui t'enfuis? Comment te retenir? Combien de livres il me faudra te dédier, pour que tu comprennes? Ecoute moi. Lis ces lignes. Je t'en supplie, c'est mon sang."

Journal intime - Natahalie Rheims.
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Elrond
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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Lun 12 Juil 2010 - 20:55

Ces quelques lignes extraites de La femme adultère, une nouvelle de Camus tirée du recueil L'Exil et le Royaume. Je trouve que c'est une belle évocation du désert.

"Elle avait craint la chaleur, les essaims de mouches, les hôtels crasseux, pleins d'odeurs anisées. Elle n'avait pas pensé au froid, au vent coupant, à ces plateaux quasi polaires, encombrés de moraines. Elle avait rêvé aussi de palmiers et de sables doux. Elle voyait à présent que le désert n'était pas cela, mais seulement la pierre, la pierre partout, dans le ciel où régnait encore, crissante et froide, la seule poussière de pierre, comme sur le sol où poussaient seulement, entre les pierres, des graminées sèches."
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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Dim 25 Juil 2010 - 21:26

I still pulled, and he still held me; but now i looked past him, to the swaying coach. Gentelman had moved back, his hand before his face. Beyond him, the light in bars upon her from the louvred blinds, sat Maud. Her face was thin, her hair was dull. Her dress was worn with use, like a servant's dress. Her eyes were wild, with tears starting in them; but beyond the tears, her gaze was hard.
Hard as marble hard as brass.
Hard as a pearl, and the grit that lies inside it.

Sarah Waters - Fingersmith


j'adore ce passage pour son style un peu poétique
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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Dim 25 Juil 2010 - 21:37

Ah, j'adore Sarah Waters également ! Dommage que l'extrait que tu proposes ici ne soit pas en français.
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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Mar 10 Aoû 2010 - 22:28

Voici un de mes poèmes préférés (Paul Verlaine) : "L'angoisse"

Nature, rien de toi ne m'émeut, ni les champs
Nourriciers, ni l'écho vermeil des pastorales
Siciliennes, ni les pompes aurorales,
Ni la solennité dolente des couchants.

Je ris de l'Art, je ris de l'Homme aussi, des chants,
Des vers, des temples grecs et des tours en spirales
Qu'étirent dans le ciel vide les cathédrales,
Et je vois du même oeil les bons et les méchants.

Je ne crois pas en Dieu, j'abjure et je renie
Toute pensée, et quant à la vieille ironie,
L'Amour, je voudrais bien qu'on ne m'en parlât plus.

Lasse de vivre, ayant peur de mourir, pareille
Au brick perdu jouet du flux et du reflux,
Mon âme pour d'affreux naufrages appareille.

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anaisromane

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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Mer 11 Aoû 2010 - 0:30

Moi, c'est le "Sonnet en X" de Mallarmé :

Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,
L'Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,
Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix
Que ne recueille pas de cinéraire amphore

Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx
Aboli bibelot d'inanité sonore,
(Car le Maître est allé puiser ses pleurs au Styx
Avec ce seul objet dont le Néant s'honore.)

Mais proche la croisée au nord vacante, un or
Agonise selon peut-être le décor
Des licornes ruant du feu contre une nixe,

Elle, défunte nue en le miroir, encor
Que, dans l'oubli formé par le cadre, se fixe
De scintillations sitôt le septuor.
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Athéna

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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Mer 11 Aoû 2010 - 0:32

Pas mal ! Mon deuxième coup de coeur va à Baudelaire avec son poème "Le chat".
Ah, j'adore ce poète , je suis même déjà allée sur sa tombe !
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anaisromane

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MessageSujet: Re: [Littérature] Passages favoris   Mer 11 Aoû 2010 - 0:34

C'est à Paris?
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